دومينو للكاتبة ابتسام ابراهيم تريسي في نسختها الفرنسية
لا يمكن أبدا أن نلمس المسؤول الحقيقي الذي تدينه ابتسام بسبب ما آلت إليه الأمور في آخر القصة. أهو الأب أم الأخ أم المرأة نفسها التي رضخت عن غير روية لمنظومة اجتماعية صارت هي المسيطرة رغم أنها لم تخرج البتة بالمرأة من بؤرة ما تعانيه من اضطهاد. ذاك التساؤل هو الذي يزيد من قيمة قصة ابتسام لأنه يوجه إصبع الاتهام للجميع ويبحث عن الحل الأنجع بعيدا عن ردود الفعل الانتقامية التي لا ينتج عنها غير الخراب المضاعف,
محبتي يا ابتسام
Dominos
Ibtissem Ibrahim El Terrissy
C’est la raison pour laquelle ta fille a été muette madame
Molière
Soigneusement et avec tant de précision, je place la pierre dans le bâtiment. Je souris de satisfaction de sa voie dans le système de ma vie. Et en toute quiétude, je commence à écrire. L'odeur de quelque chose de brûlé sous ma peau m’envahit cependant je fais semblant de l’ignorer et je me mets à formuler la dernière version de mon article éditorial du journal « El Sabah * ». Mes expressions jaillissent vers un horizon obscur. Leur cruauté m’offense. Leurs têtes se penchent d’entre les lignes en se moquant de mes sentiments (J'ai besoin de démontrer l'importance de l'existence des femmes et l’évidence de leur rôle dans l'élaboration de l'histoire).
Mon père me disait : « il est normal que tu aies plus que ton frère n’obtiens frère parce que tu es femme et toute femme est privée de maintes privilèges.
La vigoureuse main de mon frère pareille à celle d’un fer rouillé serre ma chevelure : « Je vais l’arracher des racines de telle façon que tu ne peux plus te faire belle pour sortir ! » La mèche des cheveux qui était restée autour de ses doigts ne cessait depuis de gratter (griffer) mon cou et de faire saigner ma gorge. L’eau glacée devient des épines qui la percent et ma voix se transforme en gémissement. Le bras de mon père parvient d’un temps très lointain pour repousser cette agressivité et me protéger avec beaucoup de tendresse accompagné d’une autre humiliation :
_ Que tu sois maudit ! Est ce de ta virilité que tu frappes une femme.
Il avait dit la vérité. Les vérités sont parfois désastreuses. Mon père lui-même le grand homme de droit et le journaliste renommé qui avait longuement submergé la presse des ses articles défendant la femme et ses droits et louant son rôle important dans la société m’avait regardé avec tant d’affection et d’angoisse quand j’avais eu mon bac :
_ Ce que tu as fait comme études est largement suffisant !
Il m’avait fait plonger dans ses livres en m’enfonçant dans sa bibliothèque et en même temps il avait fermé toutes le portes de notre maison. Il m’avait enchaînée avec sa tendresse et comme s’il compensait ma perte, il m’avait acheté une voiture avant qu’il n’eût acheté une à mon frère. Je me sentais telle qu’une infirme qui avait besoin de autres pour se lever de sa chaise roulante et de son impuissance.
(Dans mes écritures, j’allais tout d'abord aborder le sujet de l'indépendance des femmes, de l’intelligence inhérente et naturelle dont elles jouissent et qui leur permet de vivre dans la société sans être dépendantes de l’homme). Quand je m’étais libérée de l’autorité de mon père après mon mariage, j’avais commencé à perfectionner la planification de ma vie d’une manière géniale et étonnante. J’avais tracé mon existence de la même façon dont j’avais tellement rêvée. Il faut que j’avoue que c’était grâce à la docilité de mon mari et à sa confiance en mes choix, lui qui ne s’était jamais donné la peine de se mêler de mes affaires à un tel point que je ne peux plus discerner son existence.
Quand la mort de mon père m’avait libérée de son autorité, j’avais fait face à l’épouvantail qui avait partagé mes souffles en soupirant : Comme elle est atroce cette douleur que je vis !
(Il faut qu’il y’ait un grand rôle de maternité pour réaliser une création bien formée de la société. Pourquoi ne commencerais-je pas mon traitement de ce sujet ?)
Ma fille frissonnait sous l’effet de la fièvre. Le fœtus ayant péri, le saignement et sa main de fer tombant de toute sa force sur la table, la vitre brisée et son hurlement insistant : « Je ne vais pas divorcer… Voyons ce que vous pouvez faire ! »
Elle avait accouru en sanglotant vers moi pareille à la gamine choyée qu’elle était avec ses belles tresses et son joli visage. Elle s’était jetée dans ma poitrine. Ses larmes coulaient et toute convulsée, elle criait : « je ne l’aime plus… Je ne peux plus vivre un instant de plus avec lui. Aide-moi à divorcer de lui maman ! » Elle m’était retournée une bébé rampant. Je n’avais pas pu l’allaiter car mes seins étaient asséchés. Mon amour était submergé des tas de cendre. Les yeux surpris de mon mari contemplaient ma perplexité sans cacher sa réjouissance de mon malheur. Et alors que devrais-je faire ? C’était moi qui lui avais choisi son mari convenable. Un jeune homme gâté d’une grande famille… Un fils d’aisance, du confort et……
A chaque fois qu’elle se heurtait à un problème, elle retournait à mon utérus, là-bas où la chaleur, la paix et la nonchalance. C’est moi qui me trouve maintenant impuissante et fragile. Comment ferais-je pour obtenir son divorce ?
(Que le titre de ma conférence soit : La cohésion familiale : la co-parentalité)
Mes larmes ardentes embrasaient mes yeux. Je l’avais déposé dans l’hôpital puis j’étais retournée. Me voilà m’infiltrant dans la foule et les cauchemars avaient purifié mon visage de sa cendre. Comment pourrais-je oublier le visage sombre du médecin qui m’avait écartée un peu loin en me murmurant secrètement :
_ vous aurez dû l’amener beaucoup plus tôt. L’état de ton fils est très critique et il est arrivé à une phase d’assuétude très difficile à traiter.
J’étais tombée sur le sol blanc de la salle. Aurais-je la force de persévérer et de poursuivre la construction d’un bâtiment qui s’écroulait de plus en plus chaque fois que j’y ajoutais une pierre ?
Le téléphone retentit me rappelant l’entrevue de l’émission « Le matin ».
La belle animatrice sourit en me présentant aux téléspectateurs : heureux de rencontrer notre invitée d’aujourd’hui, la doctoresse Leila, une sociologue qui va nous raconter l’histoire de sa propre réussite au sein de sa famille à partir d’un important et très insistant sujet « La famille arabe et les défis de l’époque ». Mesdames, mesdemoiselles et messieurs, Nesrine Trabelsi avec vous. Bienvenue à vous tous.
La table se secoue violemment et l’édifice s’écroule pierre après pierre. La blancheur tuante envahit mon crâne annihilant tous les mots et titres, laissant un stupide sourire sur mes lèvres affrontant les yeux écarquillés par-derrière la caméra !
Des bas-fonds d’un puits, la voix de metteur en scène me parvient ordonnant de passer un spot publicitaire annonçant un nouveau jeu.
*Journal El Sabah : journal « Le Matin »
Ibtissem Ibrahim El Terrissy : nouvelliste de la Syrie
Nouvelle traduite de l’arabe dans le français par Essia Skhiri
